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Le Gantois Joseph de Hemptinne, un industriel cotonnier très fortuné, fut un des principaux fondateurs du catholicisme institutionnel en Belgique. Il a fortement contribué à l'imprégner d'un esprit antilibéral et ultramontain. Il fut le grand promoteur en Flandre de la Société de Saint-Vincent-de-Paul. A la base de nombreuses oeuvres sociales et charitables, celle-ci contribua fortement au développement de l'enseignement populaire, des patronages pour la jeunesse ouvrière et des cercles ouvriers. Il joua également un rôle important dans les Oeuvres Pontificales qui mobilisaient le pays catholique pour la défense du pape et de l'Eglise.
J. de Hemptinne contribua largement à la croissance de la presse catholique militante, tant en province (Le Bien Public) que dans la capitale (Le Catholique, Le Courrier de Bruxelles). L'hebdomadaire La Croix, qu'il soutint contre l'épiscopat belge, fut le précurseur du quotidien français bien connu du même nom.
Lors des congrès catholiques de Malines (1863, 1864, 1867) l'industriel gantois se fit connaître comme le porte-parole principal de la fraction ultramontaine. A partir de 1866, il entretint des contacts suivis avec la Curie romaine et avec Pie IX, qui le confirmait dans son anti-libéralisme. Après la chute de Rome en 1870, il devint le représentant belge permanent au sein du "Comité de Défense catholique" fondé à Genève par Mgr Mermillod afin de coordonner au niveau européen la résistance catholique au libéralisme et au socialisme. Il fut même l'homme de confiance du correspondant anonyme qui de 1873 à 1876 assura la liaison entre le comité et le pape. Il resta ainsi en contact direct avec Pie IX.
C'est avec l'appui du pape qu'il fonda la confrérie des "Croisés de Saint-Pierre". Son but était la restauration du règne social du Christ. Mais les évêques belges jugèrent excessive son action contre les institutions libérales, ce qui déclencha un conflit dans lequel Pie IX soutint davantage les "Croisés" que les évêques.
L'avènement de Léon XIII, soucieux de mener une politique plus pragmatique, marginalisa de Hemptinne sur le plan socio-politique. Ce furent ses partisans modérés, réunis en la "Confrérie de Saint-Michel", qui greffèrent le confessionalisme sur le parti catholique; plus tard, ils opérèrent la jonction entre l'ultramontanisme et le mouvement social.
J. de Hemptinne a toujours approché les questions sociales d'un point de vue paternaliste et moralisateur. Il affirmait que les ouvriers ressentiraient le plus grand bénéfice de la rechristianisation de la société.
Pendant les années 1880, une motivation analogue le poussa à aller soutenir largement les efforts des missions catholiques au Congo. II se montra également généreux envers l'ordre des bénédictins, dont son fils aîné Félix devint le premier abbé-primat. Ses efforts pour la promotion de l'enseignement artistique chrétien et de l'architecture néo-gothique furent remarquables.
Son action en faveur de la rechristianisation de la société n'a pas eu le résultat qu'il souhaitait, mais elle a certainement contribué à freiner la sécularisation, notamment en Belgique.