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M. le Président, Mesdames et Messieurs les Professeurs,
C'est avec gratitude que je m'adresse à votre université qui a bien voulu me conférer le grade de Docteur Honoris Causa. Cette distinction honore mon pays et la grande organisation que j'ai l'honneur de servir.
Sachez cependant que c'est avec humilité que je me présente devant vous aujourd'hui car je sais mieux que personne que mon oeuvre est faite surtout de foi et d'action persévérante.
Foi en l'avenir de l'homme car au sortir de la deuxième guerre mondiale notre génération savait pourquoi elle avait résisté et combattu. Point de place pour la morosité et les états d'âme: il nous fallait transformer le monde et le reconstruire dans la fraternité.
Jeune biochimiste j'eus alors l'intuition qui marqua toute ma carrière mettre la science au service du développement et de la paix, avec autant d'énergie et de volonté qu'on l'avait fait pour semer la désolation et la mort...
A la suite des grands précurseurs que furent Bakounine, Bernal, Russell, Laugier, Vannevar Bush, j'acquis la certitude qu'il fallait désormais placer au cœur des préoccupations gouvernementales la formulation et la mise en œuvre de politiques scientifiques et technologiques volontaristes et à long terme.
C'est à l'Unesco que je dois d'avoir pu m'initier sous l'éminente direction du Professeur Pierre Auger, physicien français que vous connaissez tous, aux arcanes des politiques nationales et internationales dans le domaine de la science et de la technologie. Je lui exprime, en ce jour, toute ma reconnaissance.
Me fut alors donnée l'occasion par le Roi des Belges et le Premier Ministre de servir en qualité de secrétaire général du Conseil National de la Politique Scientifique et Technologique dont le pays se dota au début 1957, sous la forme d'une Commission Royale présidée par Sa Majesté Léopold III. En l'espace de deux ans furent mis sur pied les Organes permanents du gouvernement pour la politique scientifique, la Belgique prenant ainsi la tête d'un mouvement que devraient suivre l'un après l'autre la plupart des pays d'occident.
Revenu à l'Unesco, le Directeur Général de l'époque, Monsieur René YAHEU - à la mémoire duquel je rends hommage - me chargea de développer par la pensée et par l'action la symbiose désormais cruciale pour l'avenir de l'humanité entre la science et le gouvernement des nations.
Chemin difficile, semé d'embûches, de méfiances et de malentendus! Car il ne s'agit en l'occurrence ni de la République des savants, ni de la politisation de la science.
Lentement s'élabora un consensus international sur le champ, la nature et les modalités d'action des politiques gouvernementales pour la science et la technologie; et, ce faisant, mes pas me conduisirent dans plus de soixante pays. Une discipline nouvelle naquit au sein de ce que l'on appelle outre-atlantique, les "Policy sciences" : j'ai nommé la "science de la science".
Cette discipline s'est progressivement affirmée par synthèse de notions aussi variées que celles de structures, organisation, information, communication, cybernétique, efficacité, régulation, objectifs, ressources et stratégies, sans oublier pour autant ce qui sous-tend toute politique: les contraintes et les normes.
Plus de mille Unités d'enseignement et de recherche existent actuellement dans le monde, qui étudient l'un ou l'autre aspect des politiques scientifiques et technologiques gouvernementales. Dans ce domaine, l'Université de Nice a joué un rôle de pionnier, sous la direction éclairé de son Président le Professeur Jean TOUSCOZ auquel j'exprime ici toute l'estime que j'ai pour son oeuvre.
C'est avec émotion que je remercie l'Université française qui m'accueille en son sein ; j'y vois une manifestation du désir de la communauté académique mondiale de nouer un dialogue fécond avec ceux qui, comme moi, sont emportés par l'action.
Votre soutien nous est précieux et votre appui moral indispensable car dans les nuits solitaires de nos pérégrinations internationales il nous arrive souvent de nous tourner vers le Seigneur pour lui demander pitié pour nos erreurs, pitié pour nos péchés.