page de garde

Sous le patronage du Frère René STOCKMAN
Supérieur Général des Frères de la Charité

Homélie par le Chanoine Charles de Hemptinne

basiliqueEucharistie à la basilique Sainte Marie de Lubumbashi
le
26 décembre 2007

    Chers frères et soeurs, unis dans le Christ en cette merveilleuse Basilique, Sainte Marie, dans le district Kenya de Lubumbashi, en cette fête de la Sainte Famille.

    C'est en tant que pèlerin que je suis venu parmi vous, guidé par le Révérend Frère René Stockman, Supérieur Général des Frères de la Charité. Notre toute première visite arrivant à Lubumbashi fut bien sûr d'aller trouver le responsable de la Chrtienté de ce diocèse, Mgr. Floribert Songasonga.

pierre tombale    Mais il s'agissait bien plus qu'une visite de courtoisie. Il s'agissait avant tout d'un acte religieux et spirituel. J'avais en effet demandé à votre évèque et au Frère René Stockman de me conduire à la tombe de mon grand-oncle, nommé le "Simba du Katanga", Monseigneur Jean-Félix de Hemptinne, Vicaire Apostolique et premier évèque de ce diocèse.

    C'est, me dit-on, dans trois ans, donc en 2010, que l'on fêtera le centennaire de sa venue en ces lieux, comme jeune missionnaire envoyé par l'Abbaye Saint-André de Zevenkerken, près de Bruges en Belgique.

   Oui, j'avais une piété toute spéciale, « filiale » même à la mode africaine, pour ce grand-oncle, car c'est lui qui, sacré évêque, a béni et confirmé ma décision lorsque j'avais à peine 19 ans, d'entreprendre des études pour devenir prêtre au diocèse de Gand, ma ville natale en Belgique.

Croix    Et depuis lors, non seulement mes parents ne faisaient plus objection à ma décision, mais, moi-même, je me suis également toujours senti soutenu spirituellement, malgré les aléas de l'existence, dans cette vocation religieuse que mon grand-oncle, le Lion du Katanga, avait authentifiée. Oui, j'admirais avec grande piété et du fond du coeur ce grand    oncle d'avoir été le fondateur également, en tant qu'apôtre bénédictin et missionnaire d'une Chrétienté naissante dans cette vaste et si belle région du Katanga.

   C'est de la même manière, pensais-je, qu'au septième siècle, le Christianisme s'est développé dans ma ville natale à Gand et à partir de là dans toute la Flandre, jusqu'au Pays-Bas. A cette époque, au septième siècle donc, il s'agissait également d'un bénédictin, apôtre missionnaire du nom de Saint-Amand, dont le nom même « amare » évoque les frères de la charité d'aujourd'hui. La tradition dit que ce Saint-Amand venait de France en barquette au fil de l'eau du fleuve « Escaut ». Il aurait débarqué au pied de l'unique colline au Nord de la Flandre, le « Blandijnberg » ou en Français le « Mont Blandin ». C'est là qu'il bâtit son abbaye... où je célèbre encore tous les dimanches la messe pour mes étudiants étrangers. Vous comprenez donc que j'aime leur parler tant des missionnaires d'antan que de ceux de la période contemporaine. Car il y a un parallèle frappant entre ces deux fondateurs et bâtisseurs d'églises. Tous deux venaient de pays étrangers avec la Bible comme principale guide pour « enseigner toutes les nations et les baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ». Tous deux étaient aussi des pères bénédictins, fidèles à leur devise : « Ora et labora ». Tous deux avaient une foi ardente, qui déplace les montagnes et toutes les difficultés rencontrées au fil des jours. Tous deux avaient, chevillé profondément en eux, « l'espoir », ou plutôt « l'espérance », oui la certitude ancrée dans leur foi chrétienne: que l'Esprit-Saint bénirait l'œuvre qu'ils entreprenaient. Tous deux portaient en plus des noms prophétiques : l'un, Saint-Amand, dérivé de AMARE : aimer (les frères de la charité n'existaient pas encore à cette époque). L'autre, Jean-Félix, le Lion du Katanga, un grand chef qui, semblable à Moïse, savait guider le peuple de Dieu avec justice, amour, fermeté et bonheur.

   En préparant cette homélie, je me suis posé la question suivante. Quelle différence pourrait-on trouver entre ces deux hommes qui avaient un même projet... une même foi... une même force de caractère et d'endurance ?

Baudouin    Je n'ai trouvé que ceci, qui est très relatif en somme, puisqu'il ne s'agit que d'un « titre Je religieux » que l'Église accorde à certains de ses fidèles croyants.

   Saint Amand est, en effet, reconnu par l'Église universelle comme un véritable Saint, porté sur les autels au calendrier Romain. Alors que mon grand-oncle, lui, n'est reconnu tant en Afrique qu'en Belgique que comme le « Simba » du Katanga. Mais cette différence peut s'atténuer avec le temps et même par contagion, si je puis dire, puisqu'en cette vénérable Basilique le Roi Baudouin et Monseigneur Jean-Félix de Hemptinne ont tous deux contribué ensemble à la pose de la première pierre en l'année 1955. Et que, en ce qui me concerne, même avant que le Vatican ne se prononce, le Roi Baudouin, du haut du Ciel, est certainement déjà plus que sanctifié.

   Et, puisqu'on parle de béatification, les Frères de la Charité savent que cela prend du temps et beaucoup d'efforts pour convaincre ceux qui sont préposés par l'Église à juger et à décider en cette matière. Il faut au moins un miracle, disent-ils.

   Alors, laissez-moi vous prendre tous à témoin pour ce que vous avez vu de vos propres yeux hier et entendu à propos de la fondation il y a 200 ans, des Frères de la Charité par le Chanoine Triest à Gand' et à propos du travail merveilleux qui s'accomplit depuis lors et surtout ces dernières années grâce aux Frères de la Charité dans 25 pays du monde tant en Europe qu'en Afrique, en Asie et en Amérique.

   Vous savez que la première encyclique de notre Saint Père, Benoît XVI, a traité « tout de go » du fondement même de la foi chrétienne, notamment de l'Amour qui nous vient de Dieu et qui nous invite à l'aimer en retour, ainsi que tous nos frères et soeurs puisqu'ils sont tous, de quelque manière que ce soit, les fils et les filles d'un même Père. C'est en cet Amour créateur que s'enracine d'ailleurs la dignité de tout être humain depuis sa conception jusqu'à son dernier souffle sur terre. C'est cet amour créateur de toute chose qui donne sens à notre vie et une réponse fondamentale aux questions que chaque être humain se pose, à savoir : « pourquoi vivons-nous... quel idéal poursuivons-nous... que recherchons-nous dans notre vie... qu'est-ce qui peut enfin combler notre quête incessante vers le bonheur... la beauté... la vérité » ?

   Oui, ce sont des questions qui nous tourmentent parfois. Alors simplifions notre propos en relatant tout simplement une conversation que notre Frère René Stockman, Supérieur Général des Frères de la Charité a eu récemment avec le Saint-Père, Benoît XVI.

   Vous savez que le Frère René Stockman a écrit un très beau livre sous le titre de « Charité en action, 200 ans des Frères de la Charité ».

   Vous savez qu'il est allé à Rome, présenter cet ouvrage au Saint Père.

   Savez-vous ce que le Saint-Père lui a dit à cette occasion ? « Cher Frère, a-t-il dit, je viens d'écrire une première encyclique qui traite de l'Amour, car c'est là le fondement de notre foi... Mais vous-même et vos Frères, depuis 200 ans déjà, vous vivez de cet idéal très concrètement dans votre vie de tous les jours en aidant les plus pauvres, les plus démunis et les plus faibles dans nos sociétés.

   La première encyclique du Saint-Père traitait donc de l'Amour. La seconde, qui vient de paraître parle de l'Espérance chrétienne, donc de l'Avenir.

   Hier nous fêtions au Centre des Frères de la Charité à Lubumbashi les 200 ans d'existence des frères de la Charité. Ce jubilé voulait surtout être un nouvel élan, un nouveau départ.

   Et soyez heureux, vous de Lubumbashi : ce nouvel élan signifie pour vous l'achèvement d'un nouveau Centre hospitalier, animé par les Frères de la Charité.

   Soyez heureux, vous de Lubumbashi, car un réel miracle s'est accompli devant vos yeux. Je puis vous l'attester avec vérité puisque j'étais présent à cette inauguration et je puis également le prouver par les photos que j'ai prises ce jour là.

   Car le miracle ce jour là, c'est que l'exemple des Frères de la Charité et les mots prononcés par le Frère René Stockman ont vraiment touché profondément le cœur de ceux qui étaient présents : celui de votre archevêque, Mgr. Floribert Songasonga, celui de votre gouverneur Mr. Moïse Katumbi, celui de toutes les autorités qui étaient présentent, jusqu'au coeur des plus humbles et même celui des malades qui se trouvaient là également.

   Tous se sont sentis profondément concernés et responsables de ce nouveau centre hospitalier.

   Nous cherchions un miracle pour la cause de béatification du Chanoine Trient. Voici le miracle que j'ai vu s'accomplir devant nos yeux. Ce miracle fut, entre autres, une promesse faite par votre Gouverneur Mr. Moïse Katumbi à la fin du jubilé et la réalisation de cette promesse le lendemain à midi tapant : un camion apportant les premiers 30 lits du Centre hospitalier avec autant de matelas et de draps et comme bouquet de cette merveilleuse générosité : une ambulance flambant neuve pénétrait dans le domaine tous phares allumés et sirènes tonitruantes.

   Ainsi, grâce à la générosité de la population de Lubumbashi et de ses responsables politiques, la nouvelle oeuvre des Frères de la Charité à Lubumbashi peut démarrer sans plus tarder sur les chapeaux de roues, comme l'on dit.

   Un grand merci donc à chacun d'entre vous :

1. A votre premier évêque d'heureuse mémoire, mon grand-oncle Mgr. Jean-Félix de Hemptinne, dont j'ai pu honorer la tombe ;

2. A votre archevêque, Mgr. Floribert Songasonga et au Frère René Stockman qui ont été tous deux mes guides jusqu'à présent ;

3. Au Père Prieur, Remi Munsense, le responsable de la présence bénédictine en ces lieux

4. A tous les Frères de la Charité qui sont à l'origine du nouveau Centre hospitalier à Lubumbashi et qui ont eu l'aimable « charité » de m'accueillir parmi eux ces jours-ci

5. A toute la population de Lubumbashi et surtout celle qui est venue prier avec nous en cette Basilique Sainte Marie, nous prouvant par là « leur appui » et donc « votre appui » tant moral que matériel pour soutenir cette nouvelle oeuvre dans les jours qui viennent

6. 'Last but not least' : toute la chrétienté rassemblée en cette Basilique veut remercier Monsieur le Gouverneur Mr. Moïse Katumbi et tous les responsables politiques de Lubumbashi pour leur aide tant exemplaire qu'efficace et rapide à soutenir de leurs efforts à tous les niveaux cette œuvre faite au profit des malades, des handicapés et des personnes les plus démunies au sein de la population locale et des environs. AMEN.

C de H   


Mot de remerciement le dernier jour, avant le départ pour la Belgique

Cher Supérieur Général, Frère René Stockman,
Chers amis,

Avant de repartir en Belgique, je dois vous remercier du fraternel accueil que j'ai reçu dans les centres de votre Congrégation des frères de la Charité.

Mon pèlerinage avec comme compagnon de route le meilleur bâton de pèlerin qui soit en la personne de Frère René Stockman, a été un vrai succès depuis le début jusqu'à la fin. Cela commençait par l'hommage que nous avons pu rendre à la tombe du Lion du Katanga jusqu'à la visite que j'ai pu rendre ce matin encore à un ami de jeunesse (1962) devenu depuis lors archevêque de Kinshasa, Mgr. Laurent Monsengwo.

Or Monseigneur Laurent Monsengwo m'a remis, en guise de souvenir, un volumineux livre dont le titre est : « Sagesse Africaine et Sagesse Biblique ».

Du coup, pendant    la sieste cet après midi, je me suis mis à en parcourir quelques chapitres. Et j'ai compris que la sagesse du pèlerin est celle du dépouillement et cela pour deux raisons

-    La première raison est profondément religieuse. Elle constitue même un des piliers de la vie religieuse, notamment le voeu de pauvreté.

-    La seconde raison ressort plutôt de la vie pratique et relève du pur bon sens, puisque plus on donne de ce qu'on a dans ses bagages, moins de poids doit-on encore porter.

Souvenez-vous du nombre de cadeaux que les fidèles de la Basilique de Lubumbashi m'avaient offerts , Souvenez-vous de ceux que j'étais heureux de pouvoir donner au nouveau Centre hospitalier de Lubumbashi.

Mais j'ai curieusement dû constater que j'avais transporté dans ma valise de Lubumbashi jusqu'à Kinshasa une paire de draps d'un certain volume et d'un certain poids.

Alors pour vous remercier de votre hospitalité ici à Kinshasa, laissez-moi vous donner cette paire de draps en cadeau pour votre Centre hospitalier des Frères de la Charité à Kinshasa ou bien pour cette maison dédiée à Saint-Augustin, où j'ai pu passer quelques bonnes nuits, cette maison de Papa-Mousse, grand Capitaine en ces lieux à Kin.

Father Charles    
Gand, jeudi 8 mai 2008